La Croatie a une particularité que peu de pays méditerranéens partagent : ses villes côtières sont des cités de pierre habitées en continu depuis l’Antiquité ou le Moyen Âge, et non des stations balnéaires bâties au XXe siècle. On y dort donc dans des bâtiments anciens, parfois à l’intérieur même d’un monument. Voici sept escapades croates et ce qu’implique concrètement le choix de l’adresse dans chacune.
Ce qu’il faut retenir
- Dans les vieilles villes dalmates, les véhicules n’entrent pas : prévoir le portage des bagages sur les derniers cent mètres.
- La climatisation compte plus que la catégorie de juin à septembre, la pierre restituant la chaleur la nuit.
- La haute saison est courte et intense : mai, juin et septembre offrent le même climat sans la foule.
- Le littoral se parcourt en ferry, ce qui rend une ville portuaire plus pratique qu’une adresse isolée.
Split, dormir dans un palais romain
Split est unique en Europe : sa vieille ville n’est pas à côté d’un monument, elle est dedans. Le palais de Dioclétien, construit vers 300, n’a jamais été abandonné, et ses murs abritent aujourd’hui des logements, des commerces et des hébergements. L’ensemble est inscrit au patrimoine mondial.
Loger à l’intérieur des murs a un prix pratique : aucun véhicule n’y accède, les ruelles sont étroites, et le son circule sur la pierre jusque tard. Une chambre côté cour ou en étage élevé fait la différence. Les quartiers de Varoš et de Bačvice, juste à l’extérieur, offrent le calme et restent à dix minutes à pied. Naviguer sur cette côte se fait aussi avec un skipper à la journée. Split est aussi le principal port de ferries de Dalmatie, ce qui met Hvar et Brač à portée de journée.
Zadar, l’orgue marin et les couchers de soleil
Zadar possède deux installations contemporaines devenues emblématiques : l’orgue marin, qui produit des sons à partir du mouvement des vagues à travers des tuyaux logés dans les marches du quai, et le Salut au Soleil, un disque photovoltaïque qui s’illumine à la nuit tombée. Toutes deux sont l’œuvre de l’architecte Nikola Bašić.
La presqu’île historique concentre le forum romain, l’église Saint-Donat et les hébergements de caractère, dans un périmètre de quinze minutes. C’est aussi le meilleur point de départ pour deux parcs nationaux : les lacs de Plitvice, inscrits au patrimoine mondial, à environ deux heures, et les chutes de Krka, plus proches.
Šibenik, la cathédrale entièrement en pierre
La cathédrale Saint-Jacques de Šibenik est inscrite au patrimoine mondial pour une raison technique remarquable : elle est construite entièrement en pierre assemblée, sans liant ni charpente, y compris sa coupole. Sa frise extérieure de soixante-onze visages sculptés représente des habitants du XVe siècle.
La ville est bâtie en amphithéâtre, ce qui signifie des escaliers partout. Les adresses les mieux placées sont dans la vieille ville, mais l’accès se fait à pied avec dénivelé. Šibenik est moins fréquentée que Split et Dubrovnik, et c’est précisément son intérêt : on y dort dans le même type de bâti, à un niveau de fréquentation nettement inférieur.
Pula, l’amphithéâtre le mieux conservé du bassin
Pula, en Istrie, possède un amphithéâtre romain du Ier siècle dont les trois niveaux de la façade extérieure sont conservés, ce qui est rare. Il accueille aujourd’hui des concerts et un festival de cinéma. L’arc des Sergii et le temple d’Auguste complètent l’ensemble antique, tous dans le centre.
L’Istrie a une identité distincte du reste de la Croatie, marquée par la présence vénitienne puis austro-hongroise : la cuisine y est truffée et huileuse, plus proche de l’Italie que des Balkans. L’archipel des Brijuni, parc national, se rejoint en bateau depuis Fažana à une quinzaine de kilomètres.
Rovinj, la silhouette la plus photographiée de l’Adriatique
Rovinj est bâtie sur un ancien îlot rattaché à la terre au XVIIIe siècle, avec l’église Sainte-Euphémie et son campanile qui dominent un empilement de maisons colorées. À rapprocher des archipels grecs pour qui hésite entre les deux mers. La vieille ville se parcourt en vingt minutes, sur des pavés polis et glissants par temps de pluie.
C’est la ville croate où l’écart entre haute et basse saison est le plus marqué. En juillet et août, la densité est forte et les tarifs élevés ; en mai, juin et septembre, la même ville se visite avec la même météo et une fréquentation raisonnable. Les hébergements dans la vieille ville sont peu nombreux et se réservent tôt.
Zagreb, la capitale qu’on oublie au profit de la côte
Zagreb n’est pas sur la mer, et c’est ce qui la rend intéressante hors saison. La ville haute, Gornji Grad, avec l’église Saint-Marc et son toit de tuiles vernissées, se rejoint par un funiculaire de 66 mètres, l’un des plus courts du monde. La ville basse aligne les institutions austro-hongroises autour du fer à cheval vert de Lenuci.
Le centre est plat et compact, ce qui simplifie le choix de l’hôtel : tout ce qui se situe entre la place Ban Jelačić et la gare est bien placé. Zagreb est la seule destination croate réellement praticable en décembre et janvier, avec un marché de Noël qui a acquis une vraie réputation.
Rijeka, le port qui se réinvente
Rijeka est un port industriel qui a été capitale européenne de la culture en 2020, ce qui a laissé des équipements et une scène culturelle inhabituelle pour sa taille. Le château de Trsat domine la ville depuis une colline, accessible par un escalier de plus de cinq cents marches datant du XVIIe siècle.
La ville sert surtout de base pour la riviera d’Opatija, station née sous l’Empire austro-hongrois, dont les villas de la Belle Époque bordent une promenade littorale de douze kilomètres, le Lungomare. C’est là que se trouvent les adresses les plus intéressantes de la région, dans d’anciennes villas balnéaires.
Ce qu’il faut vérifier avant de réserver en Croatie
Trois points reviennent systématiquement dans les vieilles villes dalmates. L’accès d’abord : les centres historiques sont fermés à la circulation, ce qui signifie que le taxi s’arrête à l’entrée et que les derniers cent à trois cents mètres se font à pied, souvent avec des marches. Une valise à roulettes sur des pavés du XVe siècle est un exercice.
La climatisation ensuite, qui n’est pas un confort mais une nécessité de juin à septembre : la pierre emmagasine la chaleur et la restitue la nuit. L’exposition au bruit enfin, la réverbération sur les façades de pierre étant considérable dans des ruelles de trois mètres de large. Ces trois éléments comptent davantage que la catégorie affichée.
Questions fréquentes
Quelle ville croate pour un premier week-end ?
Split, pour la densité : le palais de Dioclétien se visite en habitant dedans, la vieille ville est compacte, et le port permet une excursion vers les îles dans la même journée. Zadar est l’alternative si l’on préfère moins de monde.
Quelle est la meilleure période ?
Mai, juin et septembre. Le climat y est équivalent à celui de juillet et août, avec une fréquentation et des tarifs sensiblement inférieurs. Zagreb est la seule destination praticable en plein hiver.
Peut-on loger dans le palais de Dioclétien ?
Oui. Le palais n’a jamais cessé d’être habité et une partie de ses bâtiments abrite des hébergements. La contrepartie est l’absence d’accès véhicule et une exposition sonore importante, la vie nocturne se déroulant dans les mêmes ruelles.
Faut-il une voiture en Croatie pour un week-end ?
Non si l’on reste dans une ville et ses environs immédiats, le littoral étant desservi par ferries et bus. Oui pour l’Istrie intérieure et la riviera d’Opatija, où les sites intéressants sont dispersés.
